Christophe Meierhans


Christophe Meierhans

Mélété Thanatou

script de la performance, version pour le festival Demain, Mons, 2023


Réunir les gens dans un coin,

Commencer tous ensemble,

Sans casques

I._______________________________________________________________________________

Bonjour,

**instructions pratiques, casques, etc**

Tout le monde met les casques

(Texte par coeur)

OK, est-ce que tout le monde m’entend bien? Oui ? Parfait…

Bienvenue, nous allons passer 45 minutes ensemble.

Si à n’importe quel moment vous avez l’impression que ça devient un peu trop pour vous, n’hésitez pas à enlever les casques pour un moment, pour prendre l’air, pour laisser les choses décanter…

Je vous invite à trouver un endroit où vous installer confortablement, ou vous voulez, sur une souche, par terre, sur un banc, debout contre le mur… comme vous préférez.

**indiquer si endroits non favorables**

**penser à la fin: les gens doivent pouvoir se voir**

Allez-y, installez-vous tranquillement.

Pendant ce temps je me mets en route.

(…)

II.______________________________________________________________________________

Texte lu

Installer le son de la marche

Laisser les gens se poser

Nous voilà donc, à l’Écocentre Oasis, pour la dernière journée de ce festival intitulé “Demain”…

Alors, comme le nom du festival l’indique, j’imagine que vous êtes venus ici avec l’idée de — justement — penser et réfléchir à ce dont demain sera fait.

En d’autres termes — comme je l’ai compris en tous cas — on est là pour tenter d’imaginer — ensemble — une version du futur qui nous plaît.

Il s’agit donc d’imaginer de nouvelles histoires, de nouvelles façons de raconter notre situation écologique, et aussi d’apprendre et de développer de nouvelles pratiques…

Et je pense qu’il s’agit aussi de se donner les moyens d’agir — concrètement — pour que ce futur qu’on imagine puisse un jour devenir réalité… et bien sûr, que ce futur soit un futur heureux — ou aussi heureux que possible, en tous cas…

En ce qui me concerne, je crois que le travail que l’on fait dans un festival comme celui-ci est un travail essentiel, et je me réjouis beaucoup d’en faire partie.

Mais en même temps, je dois avouer que je suis un peu préoccupé:

J’ai un peu peur qu’en faisant ce travail — trop facilement — on risque de perdre contact avec la réalité de la situation que nous vivons.

Alors je dis ça, parce-qu’il me semble que nous vivons dans une culture où être “positif”, être “optimiste”, “créatif” ou “entreprenant” être devenu comme une espèce de seconde nature.

C’est comme si “avoir des pensées sombres”, “être triste”, ou simplement “être désorienté” était devenu une sorte de maladie dont il faudrait guérir à tout prix — et au plus vite………

Étouffer un peu le micro

Bruits de contact

x…x…x…x

Oh… mais c’est quoi, ça?

des oeufs? des oeufs de grenouille?

Woah, il y en a des milliers…

On va pas marcher dessus là…

Bruits de contact + Continuer chemin

Donc. Ce que je crains, en fait, c’est que, par habitude — ou par peur peut-être —, à cause de toute cette inventivité, à cause aussi du pouvoir de séduction qu’on la créativité et l’originalité, ça devienne bien trop tentant pour nous d’oublier que ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas une crise mais bien une catastrophe.

(…)

Donc — pour commencer — j’ai écrit un poème que j’aimerais vous lire maintenant:

Fade-out field rec

III._____________________________________________________________________________

Tout n’ira pas bien.

Ce qui nous attend au coin de la rue ne sera pas beau à voir.

Les chiffres, on les connaît bien:

Courbes exponentielles vers le haut:

pollutions, consommation énergétique, émissions, zones mortes dans l’océan, fascismes…

Courbes exponentielles vers le bas:

Populations d’insectes, fertilité des sols, eau potable, bien-être…

Ça ne peut tout simplement pas marcher.

Il faudrait être bien stupide pour croire le contraire:

Tout n’ira pas bien

On peut bien inventer des bulldozers solaires,

Pas de dioxyde de carbone.

Pas de problème.

Et pourtant,

Notre bulldozer rasera tout de même son morceau de forêt vierge,

Poussant les courbes encore plus loin vers le bas,

Accélérant encore leur trajectoire vers le haut,

Nous projettant, toujours plus loin.

Non pas dans l’espace, vers la planète Mars,

Mais juste au delà de nos limites planétaires.

Hop. Par-dessus bord,

Dans le vide et le silence d’une planète morte.

Et ceux qui disent que ça s’arrangera,

Qu’il suffit juste d’un p’tit peu plus,

Qu’avec un peu d’effort,

Avec une transition,

Avec de nouvelles sources d’énergies,

Si nous volons moins,

Si nous mangeons moins de viande,

Une fois que les pauvres eux-aussi pourront acheter bio,

… que nous pouvons y arriver.

Ceux qui disent ça vivent dans un nuage,

En lévitation à 50 centimètres du sol:

Tout n’ira pas bien

Et espérer le contraire n’y changera strictement rien.

Car en plus d’être zéro-carbone,

Le futur sera tout aussi probablement zéro-humain.

Ou passablement moins, en tous cas.

On est donc tous en train de crever.

Mais ça, on le savait déjà:

C’est d’ailleurs bien la seule chose dont on puisse être véritablement certains:

Nous mourrons tous.

Mais est-ce vraiment une raison pour désespérer ça?

Est-ce que la mort rend la vie moins désirable?

Je pensais pourtant que ce qui est rare est précieux…

Quoi qu’il en soit, pour ma part, j’ai fermement l’intention de vivre.

Pas de survivre.

Mais alors, si on va vivre, et traverser tout ça,

So on décide, que ça en vaut finalement bien la peine.

Alors, forcément — quelque part,

D’une manière ou d’une autre,

Il reste de la joie.

Tant que nos vies nous donnent encore assez d’énergie pour les vivre,

Alors, une vie bonne est encore possible.

Sinon, à quoi bon tous ces efforts?

(…)

Soyons réalistes: ça se présente assez mal dans l’état actuel des choses.

Et encore,

Ce que nous endurons mentalement à l’heure actuelle,

Ce que nous endurons — jusqu’à présent encore dans une moindre mesure — physiquement,

Tout ceci n’est rien du tout comparé à ce que tant d’autres ailleurs ont déjà enduré par le passé.

Ceux dont les mondes se sont déjà écroulés sur, et autour d’eux,

Ceux qui vivent maintenant déjà la pleine ampleur de ce qui à nous nous est encore tenu en réserve.

Ou encore, comparé à ceux pour qui tout a commencé il y a 500 ans déjà.

Et à tous ceux qui ont été forcés à l’endurer depuis:

Ces peuples effacés de la surface de la Terre…

Et bien — maintenant — c’est vers chez nous que le tsunami a finalement mis le cap.

Vers le Nord — vers l’Occident — vers les contrées les plus riches.

Qui aurait encore pu espérer que ça n’arriverait pas?

Quelle stupidité…

Je sais,

Quel rabat-joie,

Que de mauvaises vibes,

…Bad news,

…Dépression,

…Angoisses,

…Tristesse,

…Ténèbres…

Si on est capable de mettre tout ça de côté,

D’oublier — juste pour un instant…

Si on arrive à penser à autre chose,

Alors — certainement — il y a encore de la joie à saisir.

En faisant l’effort de se divertir,

Pour un temps encore, on pourra connaître la joie d’une Vie Bonne

Une joie faite de l’absence de tristesse

Mais la tempête est en route.

L’Hiver Vient, comme à la télé.

Et tenir la tristesse à distance suffisante pour pouvoir encore se divertir coûte déjà plus d’effort aujourd’hui que ce n’était le cas hier.

Ça devient épuisant de mener une Vie Bonne.

Surtout si cette Vie Bonne consiste essentiellement à fuir la Vie Mauvaise.

Vous trouvez ça bon vous, de vous épuiser?

(…)

Une anecdote:

Quand j’étais ado, on sautait dans le Rhône pour nager dans le courant, à travers les vagues folles d’un barrage en construction.

C’était plutôt dangereux, mais c’était exhaltant.

Un jour, Laurent s’est fait prendre dans un tourbillon.

Sur la rive, la police l’attendait déjà lorsque finalement, il réussit à s’en sortir.

Les flics lui ont collé une amende énorme, bien qu’il ait été là — sous le choc — et à bout de souffle, à leur raconter:

Comment il avait abandonné,

Comment il s’était dit: “OK, c’est fini”,

Qu’il allait mourir.

Il s’est battu autant qu’il pouvait pour garder la tête hors de l’eau,

Mais le courant le tirait vers le bas.

C’était tellement puissant.

Le plus il se débattait, le plus difficile ça devenait.

C’était — épuisant.

Alors, il s’est finalement abandonné à la force de la rivière.

Il s’est laissé tirer vers le bas, jusqu’au fond, où plus rien ne le tirait.

Il a simplement lâché prise.

Il s’est laissé aller, et c’est précisément ça qui lui a sauvé la vie,

Lui permettant une fois encore de goûter à la joie intense de se faire verbaliser par la police.

(…)

Ma joie à moi est envahie par la tristesse.

À chaque article de journal, à chaque nouvelle prise de conscience, je la sens qui prend plus de place.

C’est la vie mauvaise qui prend le dessus et il n’y a nulle part vers où s’échapper.

Pas assez de place dans la navette spatiale,

Pas assez de vie promise à l’arrivée.

Miser sur une Joie qui est l’absence de tristesse promet d’être une bien triste aventure.

Alors pourquoi ne pas le faire tout de suite, ce plongeon?

Pourquoi ne pas découvrir ce qu’il y a à découvrir, là tout en bas — au fond du trou noir.

Car c’est bien là que nous vivons.

Où donc aller chercher la Vie Bonne, si ce n’est dans la Vie Mauvaise ?

Car c’est bien là que nous vivons.

(…)

Fade-in field-rec

IV._____________________________________________________________________________

(+ enjoué)

OK, donc voilà, c’était mon poème.

J’espère que vous l’avez aimé, même si, bon, c’est un peu dark… oh//

Micro dans la main

… hum…

Pardon, mais il y a juste un gros chien là et, euh…

Oui, non, c’est juste que j’ai un peu peur des chiens, et, euh…

OK, non ça va, je vais juste passer de l’autre côté, ça devrait être OK.

OK, merci, ouais, au-revoir!

Pas accéléré

Reprendre son souffle

(…)

OK,

(…)

Une autre anecdote:

(…)

V.______________________________________________________________________________

Lent fade-out de field rec

C’est il y a à peu-près quatre ans.

C’est le soir, on vient de mettre notre fille au lit. On est sur le canapé, à discuter, Anna et moi.

Je ne suis pas très en forme, déjà depuis un bon bout de temps.

Depuis que je me suis mis à lire tous ces livres sur la situation écologique; tous ces rapports.

Depuis que j’ai réalisé à quel point je n’avais pas encore réalisé à quel point on est vraiment dans la merde.

Difficile de bavarder avec toutes ces informations et ces pensées qui s’amoncèllent,

Et qui bloquent l’horizon.

Je garde tout ça pour moi, car j’ai peur que ma dépression soit contagieuse.

La dernière chose que je voudrait faire c’est de tirer Anna avec moi, vers le bas.

Mais ce soir, quelque chose casse.

Tout se déverse d’un coup:

Les mots que je n’arrive plus à retenir — les larmes qui accompagnent ces mots:

Ne plus bouger

J’ai peur de l’avenir.

Toute cette destruction stupide et insensée me désespère.

J’imagine la vie que notre fille pourrait avoir lorsqu’elle sera grande,

Et j’en ai le sang qui se glace.

Anna reste silencieuse pour un long moment, ma tête serrée, tout contre elle.

Sa voix est très calme, et douce:

“Tu sais, si les choses deviennent vraiment trop mauvaises, on pourra toujours y mettre fin.”

Oui, c’est vrai: quoi qu’il en soit, on pourra toujours décider de se suicider.

C’est plutôt immédiat,

Et je n’arrive tout d’abord pas à croire combien ces mots semblent m’apaiser.

Comment cette idée peut-elle apporter le moindre réconfort?

Comment la perspective de ma propre mort et de celle des deux personnes qui me sont le plus chères au monde peut-elle être réconfortante?

Pourtant, c’est le cas.

Je ressens un profond soulagement.

Les mots d’Anna ont dégagé un chemin dans mon horizon encombré d’obscurités.

VI._____________________________________________________________________________

(…)(…)

(No field rec)

À présent, s’il vous plaît, fermez les yeux.

Fermez les yeux.

(…)

Continuez simplement à respirer…

Calmement.

Laissez à ces trop nombreux mots le temps de décanter.

(…)

Lorsque vous inspirez, laissez l’air entrer par le nez.

Lorsque vous expirez, laissez l’air sortir par la bouche.

(…)

Essayez de sentir la sensation que fait l’air en entrant, sur le pourtour de vos narines.

Comme une sensation de fraîcheur.

D’infime brûlure, peut-être…

(…)

Sentez comment, lorsque vous inspirez, l’air descent le long de vos bronches.

Gonflez le ventre, pour faire autant de place que possible à l’air qui entre dans vos poumons.

(…)

Lorsque vous expirez, rentrez le ventre, comme si l’air sortant par la bouche créait un vide.

Sentez la température de l’air qui passe vos lèvres en sortant.

(…)

Inspirez par le nez

Expirez par la bouche

Inspirez par le nez

Expirez par la bouche

Inspirez

Expirez

Inspirez

Expirez

Inspirez

Expirez

Continuez comme ça…

(…)

Respirez, tranquillement.

En gardant les paupières fermées

(…)

Quand on retient sa respiration, assez vite, une sensation d’urgence s’empare de nous:

C’est notre corps qui nous signale notre besoin de respirer.

Cette sensation pour moi commence avec une sorte de tension, se manifestant dans la gorge.

Après un peu cette tension s’étend petit à petit.

Elle se transforme en une pression que je ressens sur la poitrine.

Il faut alors que je me concentre si je veux continuer à retenir mon souffle.

Ensuite, en retenant sa respiration plus longtemps,

Cette pression s’amplifie

Et on doit alors faire un certain effort pour s’empêcher d’ouvrir la bouche et laisser l’air entrer.

On a la sensation de manquer d’oxygène. Le corps se tend, il commence à produire de l’adrénaline:

C’est un réflexe naturel de protection, c’est tout à fait normal.

Nos battements cardiaques s’accélèrent.

À partir de là, même en retenant sa respiration de plein gré, on peut sentir comme un mouvement de panique naître en nous.

C’est ce réflexe de survie qui se fait de plus en plus pressant.

On doit alors lutter si on veut y résister.

Pourtant, à ce stade, malgré l’urgence que l’on ressent, la plupart d’entre-nous n’auront même pas encore utilisé la moitié de l’oxygène qui est dans leur poumons.

On pourrait donc en réalité retenir sa respiration beaucoup plus longtemps; au moins aussi longtemps qu’on vient déjà de le faire, sans aucun problème.

Il suffirait simplement de se détendre.

De contempler cet état de suspension,

De ne pas céder à la panique…

(…)

Essayons tous ensemble.

À mon signal, on va inspirer profondément, par le nez pour remplir nos poumons au maximum.

Puis, on va expirer — de façon soutenue — pour pousser dehors tout l’air de nos poumons, jusqu’à ce qu’il n’y reste plus rien du tout.

Arrivé là, on va tout simplement retenir notre souffle, chacune et chacun aussi longtemps qu’ils et elles y parviennent.

Et tout en retenant notre respiration, on va se détendre pour essayer rester aussi relaxés que possible.

On sentira bien sûr cette tension qui se forme en nous.

On pourra la reconnaître.

Et l’accepter, comme un réflexe tout à fait sain et normal.

Mais on relâchera nos muscles, l’un après l’autre, pour rester parfaitement détendus.

Puis, lorsque vous aurez atteint votre limite, lorsque vous ne pouvez vraiement plus retenir votre souffle, ouvrez simplement la bouche et respirez normalement…

OK, vous êtes prêts?

Alors, à mon signal,

3-2-1 on inspire profondément,

et on expire

expirez autant que possible, chassez tout l’air de vos poumons en poussant avec le ventre.

et… on retient sa respiration.

(…)

Observez les tensions qui se forment

Relâchez-ces tensions, l’une après l’autre

Prenez le temps…

Essayer de visualisez ces tensions et de les fluidifier.

Faites ce que vous devez faire pour être confortable dans cette position…

(…)

OK, encore une fois.

À mon signal,

3-2-1 inspirez

et… expirez

on chasse l’air des poumons avec le ventre,

jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien qui reste…

et on retient sa respiration.

(…)

Relâchez tout,

Détendez les muscles de votre crâne

Sentez la peau sous vos cheveux qui se relâche

Désserrez les dents, laissez tomber votre mâchoire

Laissez la langue reposer sur le plancher de votre bouche

Laissez vos épaules tomber…

Détendez-vous…

(…)

OK. Très bien.

Gardez les paupières fermées.

(…)

VII._____________________________________________________________________________

Nous sommes ici, ensemble, dans le jardin de l’écocentre Oasis, assis, ou debout, les yeux fermés…

On ne se connaît pas forcément les uns les autres. On partage ce moment de manière plus ou moins fortuite.

Le cheminement qui nous a mené jusqu’ici commence il y a longtemps,

Avant nos premiers souvenirs,

Avant notre naissance, même.

Un cheminement qui parcourt le passé, contournant des obstacles et changeant souvant de direction, comme pour trouver le chemin qui mêne jusqu’à nous.

Une trajectoire individuelle qui se mêle à tant d’autres trajectoires, humaines et non-humaines.

Ainsi, pour la durée de cette performance, nos destins se croisent. Nous vivons un présent commun.

(…)

Portez votre attention vers ce que cela vous fait d’être ici, à cet endroit et à cet instant, avec ces personnes.

Prenez note de la température,

De la surface sur laquelles vos pieds sont posés.

Comment vous sentez-vous en cet instant particulier?

Dans votre corps…

Dans votre tête…

Dans votre coeur…

Dans votre esprit…

(…)

VIII.____________________________________________________________________________

À partir d’ici, beaucoup de scénarios différents sont imaginables pour le futur.

Telle une multitude de voies et de chemins s’embranchant dans des directions divergentes.

Autant de parcours possibles.

Autant de versions différentes de l’avenir.

Parmi celles-ci,

Il y a des versions du futur que l’on aime, auxquelles on aspire et dont on espère qu’elles deviendront réalité.

Et il y a des versions que l’on préférerait ne pas voir se réaliser, des images du futur qui nous mettent mal à l’aise, qui nous font peur, qui nous épouvantent même lorsqu’on se les représente.

Cette sensation d’épouvante nous vient au détour d’un article lu dans le journal, ou d’une pensée s’attardant un peu trop sur une des multiples catastrophes en cours.

Une boule dans l’estomac.

D’habitude, on essaye plutot de se défaire de ces images.

Une petite voix dans notre tête les taxe d’exagérations afin de nous y aider.

Mais on aura tout de même ressenti,

Ce vertige d’avoir pour un instant pris la mesure du désastre…

… De ce qui pourrait se passer…

… Si tout se cassait vraiment la gueule…

(…)

Difficile en effet de rester calme face aux pires versions que l’on peut se faire du futur.

C’est comme un trou noir,

D’où ne s’échappe plus aucune joie.

Où plus rien n’est prévisible.

Détourner le regard est un réflexe… à peine contrôlable.

Pourtant, ces visions ne sont pas une folie.

Elles ne sont peut-être pas les plus réalistes, ou probables,

Mais au vu de notre situation écologique actuelle,

Ces visions sont plutôt saines et rationelles,

L’expression d’une sensibilité lucide au réèl.

Il ne s’agit donc pas d’en guérir — bien au contraire!

Car l’idée qu’on se fait du pire futur possible, même refoulée, agit sur le présent,

Et pèse sur ce que nous y faisons.

(…)

Mais comment ne pas céder à la panique?

Comment ne pas tourner la tête et penser à autre chose?

Comment ne pas rester sidérés, inaptes à l’action, tels une famille de hérissons devant les phares d’une voiture?

Car bien sûr, tout autant que la mort, le futur adviendra, c’est certain.

(…)

IX._____________________________________________________________________________

Nous allons maintenant, ensemble, visiter ce trou noir.

Afin d’essayer d’apprendre à connaître un peu mieux ces futurs qui hantent nos présents,

Nous allons nous projeter mentalement dans l’avenir, pour en visiter le cheminement que nous appréhendons le plus.

Chacune et chacun explorera sa propre version du pire futur imaginable.

Nous avancerons donc côte à côte, suivant des chemins parallèles.

L’exercice consiste à essayer de contempler cette vision difficile de la manière la plus sereine possible, en restant calme.

Car en ces temps de catastrophe, rechercher la Vie Bonne implique d’apprendre à co-exister avec le désastre,

De cultiver de la joie précisément là où on ne penserait pas pouvoir en trouver.

Il ne s’agit pas de nous préparer à l’éventualité où ce pire scenario se réaliserait effectivement.

Il s’agit de se donner la capacité de vivre sereinement avec l’idée de ce futur possible,

Pour nous permettre de mieux agir dans le présent et faire en sorte que cette version du futur — justement — n’advienne pas.

X.______________________________________________________________________________

Slow fade-in field rec

Se remettre en marche

(…)

Gardez bien les yeux fermés.

N’oubliez pas de respirer, avec le ventre…

Et rappelez-vous: si ça devient un peu trop pour vous, vous pouvez toujours retirer les casques pour un moment.

(…)

Nous allons avancer, pas à pas, en direction de l’avenir.

Comme sur un chemin parcouru à pied.

(…)

Imaginez-vous dans deux heures de temps.

Où serez-vous à ce moment-là?

Que ferez-vous?

(…)

Imaginez-vous demain matin, au lever.

Essayez de vous représenter aussi concrètement que possible ce qu’il s’y passe:

Vos sensations, ce que vous pensez, ce que vous ressentez,…

(…)

Imaginez-vous mercredi prochain, à midi…

(…)

Imaginez-vous en septembre prochain.

Que se passe-t-il autour de vous?

Quelles nouvelles entendez-vous la radio?

Que se passe-t-il dans le monde?

(…)

Le temps défile à mesure que vous vous avancez sur le chemin.

Vous rencontrez des bifurcations,

Plusieurs voies s’ouvrent en face de vous:

Ces sont les différentes versions du futur qui se déploient et se multiplient à chaque croisement.

Parfois, c’est vous qui choisissez le chemin à suivre,

Mais bien souvent, vous être contraint de suivre une direction décidée par d’autres, ou par personne en particulier:

Ce peut être un phénomène naturel qui fait changer de voie,

Les agissement d’un gouvernement, ou d’une entreprise.

Une élection,

Une pénurie de quelque chose,

Un soulèvement populaire,

Une découverte,

Une guerre,

Une maladie,

Une tendance qui se manifeste.

(…)

Vous arrivez à une bifurcation importante.

Stop

Vous voyez différents chemins partant dans des directions divergentes.

Il s’agit d’un évènement déterminant.

Qui décidera de la trajectoire que suivra votre futur.

De quel évènement s’agit-il?

Essayer de vous le représenter.

(…)

Quelles sont les conséquences de cet évènement ?

Pour vous,

Pour d’autres…

Humains et non-humains.

(…)

De tous les chemins que vous avez aperçu en arrivant,

Un seul est resté praticable.

Il est en légère pente, vers le bas.

Marche

(…)

Alors que vous vous remettez en marche,

Prenez le temps d’observer la situation.

Essayez d’imaginer aussi concrètement que possible comment les choses se transforment autour de vous, à mesure que passent les mois, les années.

(…)

N’oubliez pas de respirer, calmement.

(…)(…)

Fade-out

Vous arrivez à une nouvelle bifurcation.

Un nouvel évènement qui marque votre trajectoire

Et transforme la situation, la rendant plus difficile encore.

Représentez-vous ce nouvel évènement.

Ses effets sur votre monde…

(…)

Vous vous remettez en route et vous vous engagez sur le seul chemin qui reste praticable.

La pente s’accentue un peu.

Essayez de vous imaginer où vous auraient mené les autres chemins de cette bifurcation, ceux que vous n’avez pas pu prendre.

(…)

Peut-importe. C’est déjà du passé.

(…)

Vous rencontrez d’autres bifurcations sur votre chemin.

D’autres évènements qui impactent la situation — pour le pire,

Et vous contraignent à suivre une direction que vous ne vouliez pas prendre.

Visualisez ces évènements ainsi les changements qu’ils provoquent, à mesure que vous avancez…

(…) (…) (…)

Ensemble, nous descendons pas à pas dans une vallée de plus en plus inhospitalière.

Nous sommes témoins du déroulement de la pire version du futur que nous puissions nous imaginer.

À chaque bifurcation, vous perdez quelque chose qui vous était cher:

Une personne,

La possibilté de visiter un endroit particulier,

De la sécurité,

De la légerté,

Une habitude,

Du comfort,

De la confiance en autrui,

Du pouvoir,

De la beauté, …

À chaque croisement, vous êtes contraints à prendre congé d’un aspect de votre vie qui vous la rendait bonne.

Et puis il vous faut continuer…

(…)

Marcher lentement + fade-in

XI._____________________________________________________________________________

Pourtant, même dans cette situation, après avoir déjà tant perdu, il y a encore des choses qui vous permettent de vous projeter dans le futur.

Il y a encore des choses qui vous apportent de la joie.

Quelles sont ces choses pour vous?

(…)(…)

Le temps s’écoule et la situation s’empire, pas à pas.

À un moment donné du futur, rien de tout cela ne restera.

Ce moment sera le moment où ce scénario du pire sera réalisé.

Arrivés à ce point, il n’y aura plus rien pour vous dans ce monde.

Il n’y aura plus de joie.

Vivre aura perdu son sens.

Mais jusqu’à ce dernier pas,

Jusqu’au tout dernier moment,

Il y aura toujours quelque chose qui vaut la peine.

La toute dernière chose qui vous amène encore de la joie.

La toute dernière semence à partir de laquelle une Vie Bonne peut encore être cultivée.

Nous allons consacrer toute notre attention à ce germe précieux.

(…)

Il ne reste plus grand chose.

Bien qu’elle soit encore présente, la joie se fait rare.

(…)

Tandis que vous avancez et que les choses s’assombrissent à chaque pas,

L’objet ultime de votre joie se fait plus précis.

C’est comme une forme qui se détache lentement du brouillard:

Observez comment ses contours deviennent de plus en plus nets à chacun de vos pas.

(…)(…)

Arrêtons-nous.

Arrêter de marcher

(…)

Nous avons atteint le dernier pas:

La perte imminente de la toute dernière chose qui rend votre vie encore digne d’être vécue.

Arrivé à ce point, cette chose est le dernier élément de beauté et de bonté qui reste dans votre monde.

Mais elle est bien là.

Elle est la germe d’une Vie Bonne, la dernière chose pour laquelle vous vous batteriez encore.

(…)

Essayez mentalement de vous faire une image de ce que cette dernière chose est pour vous, aussi précisément que possible.

De quoi est-elle faite?

Quels sentiments évoque-t-elle en vous?

Quelle relation avez-vous avec elle?

(…)(…)

Donnez un nom à cette chose.

Un nom qui vous est cher,

Un nom qui vous relie à la préciosité de cette chose.

Nommez cette chose à laquelle vous pouvez encore vous accrocher…

Et que vous êtes sur le point de perdre.

(…)

Attardons nous encore un peu.

Prenez le temps de contempler votre chose.

Voyez comme elle contient tout l’amour, toute la beauté et tout le courage dont vous avez besoin.

Vous pouvez y puiser des forces.

Vous pouvez y puiser des forces.

(…)

XII._____________________________________________________________________________

Très bien.

À présent, tout en gardant vos yeux fermés, je vais vous demander de vous mettre debout.

Allez-y doucement, ne tombez pas.

(…)

Une fois que vous êtes debout,

Commencez à tourner lentement, sur vous-même.

Choisissez la direction qui vous convient le mieux et entrez en rotation, sur place.

N’allez pas trop vite, gardez votre équilibre…

Continuez à tourner…

(…)

À mon signal, nous nous arrêterons tous de tourner et nous resterons immobiles, les yeux toujours fermés.

3-2-1… stop.

À mon prochain signal, nous ouvrirons les yeux et nous prendrons note de la personne qui se tient le plus proche, devant nous.

Si vous ne faites face à personne, ne vous inquiétez pas quelqu’un se tiendra certainement derrière vous.

3-2-1… Ouvrez les yeux et remarquez la personne juste devant vous.

(…)

Prenez le temps de vous regarder.

(…)

Pour la dernière partie de cet exercice, vous allez former une paire avec cette personne.

L’idée est de raconter à l’autre, à tour de rôle, à propos de votre chose.

Le nom que vous lui avez donné.

La raison pour lui donner ce nom en particulier.

Ainsi que tout ce que vous aimeriez partager à son propos.

À la personne qui écoute: s’il vous plaît restez entièrement silencieuse. Ne réagissez pas à ce qui vous est dit. Contentez-vous de prêter grâcieusement votre oreille.

Une fois que la première personne aura fini. Inversez simplement les rôles.

Prenez le temps dont vous avez besoin.

Si l’un ou l’une de vous préfère ne pas parler, c’est aussi possible.

Dans ce cas, restez tout simplement en silence pour un moment, avant d’échanger les rôles.

Merci.

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